Déployé en novembre 2018 par le ministère de la Santé, le dossier médical partagé, ou DMP, n’est qu’un des nombreux dispositifs issus de la réforme “Ma santé 2022” annoncée par le Président de la République deux mois auparavant. Visant à moderniser le système de santé français, cet ambitieux programme composé de 60 projets est en phase avec une tendance en pleine expansion depuis quelques années : la digitalisation de la médecine, et le big data appliqué au domaine de la santé. La Haute Autorité de santé recensait en effet déjà 50 000 applications de santé en 2016, et le volume de données médicales dans le monde ne cesse aujourd’hui de s’accroître, au point d’atteindre 2,3 milliards de giga-octets d’ici 2020 selon une étude du think tank “LIR imaginons la Santé”, et d’être sans doute multiplié par 50 d’ici 2050.

Une évolution que semblent approuver les Français : selon une étude Odoxa, ils sont 72 % à estimer que leurs données de santé peuvent être utiles à l’évolution de la médecine. 83 % d’entre eux sont d’ailleurs prêts à partager leurs données à cette fin, pourvu qu’on leur garantisse leur anonymat et leur sécurité. La sécurité semble en effet constituer l’une de leurs préoccupations principales, et ils s’avèrent soucieux de l’avenir de leurs données : 82 % accepteraient de les partager à l’une des trois conditions suivantes, en plus de l’anonymat : savoir à quelles fins celles-ci seront potentiellement utilisées, savoir exactement à qui elles seront transmises, ou pouvoir faire valoir leur droit d’opposition à tout moment.

Le DMP lui-même est d’ailleurs plutôt bien accueilli par les citoyens, qui, selon un rapport de Viavoice, sont 85 % à noter un certain intérêt pour l’outil, et 70 % à estimer spontanément qu’il leur serait utile. Là encore, la sécurité demeure l’un des facteurs majeurs, puisqu’elle est l’un des critères les plus importants dans le cadre de la création d’un dossier en ligne pour 54 % des personnes interrogées. S’il permettrait selon 36 % des sondés une meilleure prise en charge par l’ensemble des professionnels de santé ainsi qu’un meilleur suivi personnel des patients grâce à la centralisation des informations médicales, la principale raison qui pourrait pousser 53 % d’entre eux à ne pas créer de DMP serait un sentiment d’insécurité lié à la centralisation des données. Parmi les éléments pouvant les inciter à recourir à cet outil, le fait d’avoir la possibilité de le clôturer à tout moment est sélectionné dans 21 % des cas.

Si le recueil et le traitement des données de santé est donc vu d’un bon œil par la population, tout comme les dispositifs numériques innovants au sein de ce secteur, c’est à condition que certaines garanties de protection soient respectées, la sécurité se dressant en inquiétude récurrente : anonymisation, sécurisation des données, et fait de pouvoir s’opposer à leur utilisation à tout moment, or ces trois points font justement partie des principales exigences du RGPD… Sujet que nous traiterons justement dans le prochain article de notre dossier dédié aux données de santé !